Livres d'hommes, livres de femmes ?

cc - pixabay


Reprendre le temps de lire ce que je souhaitais et non ce que mon cursus universitaire m'avait exigé pendant plusieurs années a coïncidé avec une nouvelle étape de réflexion sur mes choix, mais plus largement ma place dans la société, en tant que femme, en tant que lectrice, en tant que citoyenne.

Je ne sais pas si l'un découle de l'autre, ou l'inverse, ou même si les deux se sont corrélés par pure coïncidence, mais j'accorde désormais une importance toute particulière à répertorier et lire des livres écrits par des femmes ou sur des femmes : biographies, autobiographies, romans, essais...

Cela peut paraître absurde, ou injustifié : pourquoi distinguer ces livres de la littérature en général ? Pendant longtemps, je ne m'étais à vrai dire même pas posé la question. Jusqu'à ce qu'un événement me fasse prendre conscience de l'aspect primordial de cet intérêt.

Dans le cadre de mon travail, cet été, j'ai été amenée à dresser une liste de plusieurs livres qui méritaient selon moi d'être emmenés en vacances. Naturellement, j'ai pioché mes idées dans les livres que j'avais lu dans l'année, conseillant ceux qui m'avaient le plus touchée, convaincue ou tenue en haleine.

Cette recherche a abouti à une série de livres divers qui reflétaient une facette de moi-même, puisqu'ils avaient fait partie de mes choix de lecture. Aussi, lorsque des commentateurs m'ont reproché un "parti pris" (n'est-ce pourtant pas l'intérêt même d'une liste de conseils ?), je me suis questionnée sur le bien-fondé de ma démarche. Et puis, lorsque j'ai pris connaissance de leurs arguments, j'ai compris.

On ne me reprochait pas réellement un "parti pris", au sens politique ou subjectif du terme, qui aurait donné une vision personnelle et tronquée de la réalité. Non, on me reprochait d'avoir listé majoritairement des livres écrits par ou sur des femmes, considérant de fait que cette liste était "excluante" pour les hommes et donc militante.

Ce qui m'amène à deux questions :

Question 1.

A-t-on déjà considéré qu'un livre écrit par un homme ou dont le personnage est un homme est de fait un livre pour les hommes ? Je ne pense pas. Alors pourquoi l'inverse suscite-t-il la controverse ?

Selon moi, la prédominance masculine historique dans la littérature (même les romans classiques mettant en scène des femmes sont essentiellement écrits par des hommes) nous a implicitement conditionnées à nous adapter à une description littéraire du monde particulière, faite par les hommes, et à laquelle nous avons adhéré sans forcément réaliser qu'il ne s'agissait que d'un des points de vue possibles, et pas une vérité absolue.

En effet, comme j'ai pu le lire dans le merveilleux "All about love" de Bell Hooks, le genre de l'auteur d'un livre est loin d'être anecdotique sur sa vision du monde, des relations, des sentiments. Attention, pas de caricature, il n'y a pas "une façon de penser de femme et une façon de penser d'homme", mais, par exemple, certaines théories sur l'amour (thème de prédilection de l'essai de Bell Hooks) dans la littérature ont été élaborées comme des représentations universelles alors qu'elles étaient basées sur une littérature quasi-exclusivement masculine... Vous voyez où je veux en venir ?

Aujourd'hui, nous avons la chance de disposer de livres sur les personnes de tous les genres, écrits par des auteurs de tous les genres... dans lesquels nous pouvons nous plonger sans distinction. Nous ne sommes donc plus directement impactés par le manque de représentativité féminine dans les livres que nous lisons (quoique, j'y reviendrai plus en détail dans un prochain article), ce qui ne nous amène pas forcément à nous interroger sur le sujet (je suis la première à avoir naïvement et de toute bonne foi totalement ignoré la question pendant des années).

Mais du côté de (certains) hommes, il semblerait désormais que ça coince : comment ça, lire des romans écrits par des femmes, ou parlant de femmes ? Ca ne les concerne pas, aucun intérêt. Pire, en sélectionner plusieurs dans des conseils de lecture, c'est presque un affront fait à la gente masculine ! C'est bafouer le devoir de neutralité, c'est prendre parti pour une cause ! (J'insiste ici sur le "certains hommes", car loin de moi l'idée de faire de quelques commentateurs une généralité).

Question 2.

Ce qu'on soulevé les commentateurs est-il vrai ? Me suis-je au fil du temps tournée davantage vers des livres de femmes (pas de le sens "livres pour les femmes" mais "écrits par des femmes ou sur les femmes") par besoin conscient ou inconscient d'identification ? En parcourant ma bibliothèque, et alors que je ne l'avais jamais réalisé, il m'est apparu que oui. Oui je possède davantage de livres écrits par des femmes ou dont le personnage principal est une femme.

Est-ce un problème ? Dans la société dans laquelle nous évoluons, et l'imaginaire collectif qu'elle nous inculque, je ne pense pas, bien au contraire.

Attention, je ne suis pas en train de me dire "ne lisons plus que des livres écrits par des femmes ou parlant de femmes", ce serait absurde et contre-productif. La littérature tient sa force de sa richesse et de sa diversité, sans distinction de genre.

Mais dans un monde où la parole des femmes, le point de vue des femmes, reste encore minoritaire et sous-estimé, je pense qu'il est primordial que nous nous écoutions davantage, que nous prenions la place qui nous est due, notamment en exprimant et partageant notre vision du monde à travers la littérature.

Les livres m'ont permis depuis toujours d'élargir mon point de vue, voire de m'émanciper.

Comprendre en partie les raisons de mes choix de lectures, les accepter, les approfondir et les assumer me paraît donc être une nouvelle étape naturelle et nécessaire. Renforcée par cette expérience, j'ai décidé (dans un projet plus large de déconstruction de mes idées reçues et théories intégrées) de prêter davantage attention à ce que les femmes avaient à dire et à m'apprendre et de partager mes découvertes ici, avec vous si vous le souhaitez ;)


0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

 

En cours de lecture...

Contactez-moi

Nom

E-mail *

Message *

Qui suis-je ?

Qui suis-je ?
Double chromosome X, 25 ans et quelques. Bretonne exilée sur les bords de la Garonne. Rat de bibliothèque. Journaliste à ses heures. Perdue. Née en hiver, sous la neige. Perfusée au thé à la vanille. Utopiste. Un peu trop cynique. Le cerveau en surchauffe permanente.