L'écorchée

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Donato Carrisi partait sous les meilleurs auspices avec moi. J'avais littéralement dévoré son premier livre, "Le chuchoteur", l'offrant même à plusieurs reprises à des proches adeptes de polars.

Au rayon polars, justement, après une sublime découverte (Yerruldelger de Ian Manook) et une grosse déception (La cité des jarres, d'Arnaldur Indridason) ces derniers temps, je voulais me poser de nouveau en "terrain connu" pour me replonger dans le style véloce et foudroyant qui m'avait tant plus chez l'auteur italien.

De quoi ça parle ?

Sept ans après s'être mesurée au Chuchoteur, Mila Vasquez travaille aux Limbes, le département des personnes disparues. Incapable d'éprouver la moindre émotion et portant dans sa chair la marque des ténèbres, Mila excelle dans la recherche de ceux qui, un jour, se sont évanouis dans la nature. Elle seule ne peut oublier ces « victimes potentielles d’homicides ». Soudain, l’un d’eux réapparaît... et tue. 

Mon avis

Je voulais y croire. Vraiment. Retrouver l'ambiance du Chuchoteur, tourner les pages comme une démente, survoltée à l'idée d'avoir les réponses, de connaître la suite, de creuser plus loin.

J'ai accroché à l'intrigue des premiers chapitres, tenté de deviner où Carrisi voulait nous amener cette fois-ci, tenté de reconstituer ce qui avait bien pu se passer pour les personnages pendant les sept années qui séparent ce livre du premier.

Mais très vite, j'ai compris qu'il me faudrait faire le deuil : l'histoire patine, s'enlise, les figures de style se multiplient, alourdissant le texte de petites affirmations qui se prétendent vérités universelles, les dialogues n'ont aucune crédibilité... Même le personnage de Mila, dont j'avais beaucoup aimé l'ambivalence et la fragilité dans le Chuchoteur, a fini par m'exaspérer tant elle semble se complaire dans son mal-être.

Parallèlement, par plusieurs points, ce nouveau roman semble se borner à calquer le canevas du précédent, comme si transposer le même concept sur une autre intrigue était le seul moyen de réitérer le succès du premier livre.

Dans ce polar pas d'audace, mais exactement la même formule que celle de son "grand frère", en particulier l'intrigue, qui semble linéaire au départ, puis qui s'éclate en plusieurs enquêtes parallèles, dans un engrenage qui perd en logique à mesure qu'il s'élargit.

Autre point déjà présent dans le premier livre mais qui m'a particulièrement irritée dans celui-ci : le non-ancrage de lieu, soit l'absence totale référence à une culture, à une ville, à un pays... les personnages ont tous des noms qui pourraient aussi bien être ceux de flics américains que français ou italiens, les descriptions de lieux sont sommaires et totalement désincarnées.

Je me souviens m'être déjà posée la question dans le premier livre et ça ne m'avait pas forcément gênée, car l'intrigue tenait la route, mais ici, cela me saute au visage : je ne peux m'empêcher de penser que ce choix a été réfléchi d'un point de vue marketing : ne pas  ancrer l'histoire dans la culture italienne, c'est tenter de lui donner un aspect universel, qui permet de vendre davantage à l'international.

Or, ce non-ancrage qui se veut probablement un atout nous empêche d'aborder les enjeux en profondeur, on reste en surface, les personnages évoluent hors de tout contexte politico-juridique, en dehors de tout cadre, ce qui appauvrit considérablement le récit.

Quelques bons points, cependant : l'auteur fait un lien très intéressant entre profilage et anthropologie, présentant de manière simple et passionnante cette discipline somme toute assez peu connue du grand public. Personnellement, cela m'a convaincue d'aller fouiller dans les rayonnages d'une bibliothèque universitaire pour tenter d'en savoir plus.

Par ailleurs, il réussit particulièrement bien à greffer certains souvenirs du premier livre dans celui-ci, par des références assez subtiles, notamment dans les derniers chapitres, et qui ont du être intelligemment réfléchies à l'avance.

Conclusion

Si ça n'avait pas été un roman de Donato Carrisi, j'aurais pu conclure qu'il s'agissait d'un simple polar, modeste et maladroit. Mais ma déception est proportionnelle à l'atente que je plaçais dans ce livre, c'est à dire, grande. Comme je ne suis pas rancunière, je tenterais probablement de lire l'un des trois livres que l'auteur a écrit depuis, histoire de voir si l'Ecorchée était un simple accident ou l'annonce d'un naufrage. 




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Double chromosome X, 25 ans et quelques. Bretonne exilée sur les bords de la Garonne. Rat de bibliothèque. Journaliste à ses heures. Perdue. Née en hiver, sous la neige. Perfusée au thé à la vanille. Utopiste. Un peu trop cynique. Le cerveau en surchauffe permanente.