Jet d'encre #1


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Petit morceau des carnets que je noircis à ne plus savoir qu'en faire...

14.08

"Coucher les mots. Se souvenir. Se souvenir. Geler le moi, exorciser la tête. Pour figer l'instant. Réapprendre à dire. Ne pas se perdre. Typographier la vie. S'en tenir aux plans. Témoigner des non-dits. Réussir à comprendre. Ordonner l'Absolu. Fragmenter l'arborescence. Se jouer des rythmes. Altérer la langue. Jusqu'à plus soif. L'inspiration jalousement mise sous clé. Laisser courir la plume pour mieux vivre au-dedans. Et qu'importe la forme si souvent vénérée. L'exercice est futile, régulièrement avorté. Mais l'appel est un écho, rengaine qui se rappelle à nous au moindre abaissement d'armes. Dompter les connexions beaucoup trop empressées. Et faire de cette différence un joli gribouillage."

02.09

"Faut-il que je me force pour oser prendre le temps ? De retrouver les mots, de retrouver le rythme, laissé brisé entre notre bonheur de l'instant présent. Je le sais magnanime, indépendant et lointain. Parfois. Quand il doit être lui. Il me faut prendre forme, attraper le poids des lueurs qui résonnent dans ma tête. M'autoriser la bulle. C'est avec l'expérience que les pages se remplissent. De mon lâcher prise, griffonner le quotidien. Réintroduire la prose. Qu'elle redevienne naturelle et frénétiquement libre. Mais pour raconter quel vide sous le trait frémissant ? Dire à qui l'insignifiance du un six-milliardième du monde ? Les gens meurent, dehors, là, juste devant nos portes. Je ne pourrais que trop longtemps m'indigner, à ne plus savoir qu'en faire. Dans la criante indifférence de mes actes et l'hypocrisie de ma passivité.

Alors c'était ça, l'anté-génération de ceux qui ont tout connu ? Tellement moins de manichéisme et de paroles entendues. C'est en revivant l'absurde qu'on réalise à quel point on avait tout faux. Et à quel point nous sommes prêts à recommencer. Je noircirais des carnets à en corner les pages si j'étais sûre que ma tête s'en porterait mieux. Garder les notes mystérieuses dans cette ambiance feutrée. Petit univers littéraire tellement rassurant. Est-ce là l'apogée du cocon, connaissance incorporée loin de toute collision sociale ? La ouate de la zone de confort. Pouce. Retour à la maison. Eperviers, ne sortez pas ! Ou seulement pour assouvir votre faim dévorante d'autres mots, d'autres lignes.

Essayer de dompter en dessinant des lettres, c'est déjà tromper un peu. Mettre un carcan sur l'inclassable, tracer les idées avant qu'elles ne s'envolent. Les mots de mine n'ont aucun sens, les mots de tête sont beaucoup trop libres pour s'avouer vaincus en deux dimensions. D'où viennent-ils d'ailleurs ? Les cracher permettra-t-il de remonter à la source ? D'en comprendre le tarissement soudain, parfois ? J'ai peur de la répétition tout comme elle m'apaise."

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Double chromosome X, 25 ans et quelques. Bretonne exilée sur les bords de la Garonne. Rat de bibliothèque. Journaliste à ses heures. Perdue. Née en hiver, sous la neige. Perfusée au thé à la vanille. Utopiste. Un peu trop cynique. Le cerveau en surchauffe permanente.