Ces livres qui m'ont mise profondément mal à l'aise



Il y a ces livres qui nous marquent, qui décident de s'installer entre nos synapses pendant un certain temps, bien après qu'on les ait refermés. Parfois c'est en bien, comme un joli souvenir à l'évocation duquel le coeur s'emballe, fragment d'une joie passée. Parfois c'est en mal, un mal qui ronge et qui se rappelle à nous dans des instants où l'on ne l'attend pas.

Et puis parfois encore, il y a des livres dont on sait déjà en les lisant qu'ils vont laisser une trace acide indélébile, un malaise dont on aura grand peine à se défaire.

Au fil de ma vie, je pense avoir rencontré ce genre de livre à trois reprises.

1. Le grand cahier - Agota Kristof

J'avais 11 ans lorsqu'une amie m'a prêté ce livre, qu'elle avait pioché dans la bibliothèque de ses parents. A l'intérieur, une histoire de jeunes jumeaux polonais confiés à leur grand-mère à la campagne pour échapper à la guerre en 1940.

Ce roman pour adultes remplissait à première vue deux critères qui pouvaient satisfaire la préado que j'étais : une histoire de jeunes garçons et un roman sur la seconde guerre mondiale (période qui m'intéressait beaucoup suite à ma lecture du journal d'Anne Frank)

Pourtant, au fil des pages, j'ai découvert le vice sous toutes ses formes. Sadisme, zoophilie, inceste... Du haut de mon jeune âge, j'ai été autant fascinée que dégoûtée par tant de violence et d'inhumanité, à laquelle les romans jeunesse que je lisais habituellement ne m'avaient pas préparée.

J'ai terminé ce livre tant bien que mal, par envie ou besoin de savoir jusqu'où pouvait aller la cruauté, rite initiatique de fin de l'enfance, sans doute... Ma lecture me donnait mal au ventre, je sentais que quelque part, j'étais en train de faire quelque chose de mal, d'interdit. Mes parents n'étaient pas au courant de l'existence de ce bouquin dans ma chambre et j'avais désormais le sentiment de devoir cacher cet objet monstrueux.

Des nuits entières, j'ai repensé à ce livre, à ce que j'avais découvert à l'intérieur. Les images défilaient sans cesse dans ma tête, je me sentais salie. J'ai fini par en parler à ma mère, qui a lu le livre à son tour et m'a dit que ce n'était pas du tout une lecture de mon âge. Nous avons pu en parler ensemble et apaiser mon mal-être. J'ai ensuite rendu le livre à mon amie et ne l'ai plus jamais lu.

Et puis, il y a deux ans, dans le cadre de mon travail, j'ai été amenée à voir en avant-première le film tiré de ce roman. En réalisant de quelle histoire il s'agissait, tous les détails me sont immédiatement revenus à l'esprit, ainsi que la sensation de mal-être que j'avais ressenti 12 ans plus tôt. Mon regard d'adulte sur le film ne m'a pas empêchée de me sentir oppressée pendant toute la séance.

2. Blasphèmes - Cizia Zykë

J'ai acheté ce livre en première année de fac, lors d'une de mes nombreuses razzia en librairie du samedi après-midi. Le résumé parlait de possession d'adolescentes, de prêtre appelé à la rescousse au fin fond de l'Ethiopie et d'exorcisme, tout ce qui me plaisait pas mal à l'époque.

Bon nombre de livres sur des sujets similaires me sont passés entre les mains. Certains m'ont plu, d'autre moins, mais celui-là m'a littéralement dégoûtée. Non par la qualité du roman, qui est plutôt bonne, mais par la cruauté de certaines scènes, tout bonnement insoutenables à mes yeux.

Ici aussi se mêlent inceste, violence extrême et sadisme gratuit, à un rythme effréné qui ne fait que s'amplifier pour atteindre son apogée au bout des 380 pages. Je me souviens avoir lu ce livre dans le tram, en prenant garde à ce qu'on ne lise pas par dessus mon épaule, sous peine de passer pour une psychopathe.

Bien que cette violence blasphématoire à tous points de vue soit justifiée par la possession démoniaque, j'ai eu peine à me détacher de mes réflexes de rejet total d'un tel degré d'inhumanité. Un peu comme si j'avais atteint les limites de ce qui m'était mentalement acceptable d'analyser. 

Une fois terminé, j'ai rangé ce livre dans ma bibliothèque en étant quasi-persuadée que je ne le rouvrirai jamais, et il est peu probable que je le conseille à quiconque de mon entourage. 

3. Le corps exquis - Poppy Z. Brite

Lorsque j'ai découvert Poppy Z. Brite il y a quelques années, j'ai immédiatement accroché. Au style, à l'univers... J'ai voulu lire à peu près tout ce qu'elle (aujourd'hui 'il') avait produit : "Les contes de la fée verte" avaient été un énorme coup de coeur, "Ames perdues" encore plus, je pense l'avoir relu au moins 3 fois et.... "Le corps exquis", probablement le roman qui aura le plus heurté ma sensibilité à ce jour.

Ici, pas d'excuse, j'étais prévenue dès le départ que ce livre relèverait du macabre poussé à son paroxysme : une histoire de serial killers, de maladie incurable et de cannibalisme. Mais même en connaissance de cause, rien n'aurait pu me préparer psychologiquement à ce que j'allais lire.

Je fais partie des gens pour qui généralement, en ce qui concerne la violence, les mots ont moins d'impact que les images. Je peux supporter des descriptions littéraire beaucoup plus crues que ce que je suis capable d'encaisser dans un film, par exemple.

Pourtant lire ce roman a été une épreuve, et j'ai du m'y reprendre à plusieurs fois, en faisant de longues pauses de plusieurs jours tant le sujet m'oppressait. Les descriptions sordides et extrêmement détaillées m'ont souvent parues non justifiées, poussées beaucoup trop loin par pur plaisir de choquer. 

J'ai été tellement absorbée par la violence de ce livre que j'en ai perdu de vue la trame narrative, comme si mon esprit avait complètement perdu la capacité de faire la part des choses. Cette lecture m'aura réellement bouleversée, au point que des idées macabres viennent parasiter mes journées pendant plusieurs semaines au beau milieu de n'importe quelle activité. 

Ce livre a rejoint ma bibliothèque, probablement pour ne plus vraiment en sortir, même si j'en ai beaucoup parlé autour de moi, notamment à ceux qui m'affirmaient que des mots ne pourraient jamais les choquer. Avis aux amateurs de sensations extrêmes...

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Et vous, avez-vous déjà été traumatisé ou choqué par l'une de vos lectures ? 

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Double chromosome X, 25 ans et quelques. Bretonne exilée sur les bords de la Garonne. Rat de bibliothèque. Journaliste à ses heures. Perdue. Née en hiver, sous la neige. Perfusée au thé à la vanille. Utopiste. Un peu trop cynique. Le cerveau en surchauffe permanente.